Albert Camu à Combat

Albert Comu à Combat LÉVI-VALENCI, Jacqueline

Albert Camus à Combat

Éditions Gallimard, 30 octobre 2002

Folio essais, 19 septembre 2013

784 pages

ISBN : 978-2-07-045334-4

 

4ème de couverture

Éditoriaux et articles, 1944-1947

Édition établie, présentée et annotée par Jacqueline Lévi-Valensi

Entre le 21 août 1944 et le 3 juin 1947, Albert Camus est rédacteur en chef et éditorialiste à Combat. Ses 165 articles - signés, authentifiés, ou légitimement attribuables - nous transmettent le témoignage lucide d'un journaliste conscient de ses responsabilités dans une époque où, au sortir de l'0ccupation, il faut à la fois réorganiser la vie quotidienne et dessiner l'avenir de la France et de l'Europe. Sur de multiples sujets la politique intérieure ; l’épuration ; la politique étrangère ; les droits, les devoirs et le rôle d'une nouvelle presse ; la politique coloniale, et, en particulier, la nécessité de doter l'Algérie d'un nouveau statut, Camus informe et réagit. On entend dans ces textes la voix passionnée d'un écrivain dans l'histoire, épris de justice, de liberté et de vérité ; mais aussi obstinément soucieux d'introduire la morale en politique et d'exiger le respect de la dignité humaine.

Du 19 au 30 novembre 1946, Albert Camus publie dans le journal Combat 8 articles dans la série « Ni victimes ni bourreaux »

Dans l’article paru le 29 novembre 1946, sous le titre « Ni victimes ni bourreaux » et le sous-titre « Un nouveau contrat social », et à la page 665 (édition folio) le paragraphe suivant nous trouvons :

« Le mouvement pour la paix dont j’ai parlé devrait pouvoir s’articuler, à l’intérieur des nations, sur des communautés de travail et, par-dessus les frontières, sur des communautés de réflexion, dont les premières, selon des contrats de gré à gré sur le mode coopératif, soulageraient le plus grand nombre possible d’individus et dont les secondes s’essaieraient à définir les valeurs dont vivra cet ordre international, en même temps qu’elles plaideraient pour lui, en toute occasion ».

 

Jacqueline Lévi-Valenci, qui a eu accès aux notes manuscrites d’Albert Camus, reprend le paragraphe qui n’a pas été édité.

« Cela est d’ailleurs si peu utopique qu’on peut apercevoir dans la réalité d’aujourd’hui les élément de ces rassemblements. Cet exemple n’est qu’en exemple, mais il indiquera au moins une direction de pensée. Le type de cette société contractuelle qui repense notre société jusque dans son mode de production trouve en effet une excellente illustration dans la communauté de travail telle que l’a conçue et réalisée Marcel Barbu, à Valence. Nous avons en France beaucoup d’esprits forts et distingués. Très peu à ma connaissance ont aperçu l’importance de l’expérience Barbu et sa signification réelle dans les temps que nous vivons. Cette communauté existe. Elle comporte 150 hommes de tous credo (marxistes, chrétiens, sans parti) qui se déclarent heureux. Elle dure depuis huit ans. D’autres semblables se sont fondées. On leur a dit qu’elles échoueraient, mais elles continuent pour le moment et elles auront du moins enlevé depuis huit ans quelques otages à la misère du monde. Elle n’a pas promis la dignité et la paix intérieure dans quatre générations à tous ces travailleurs, elle les leur a données et leur donne depuis des années. Encore une fois la libération définitive dépend de la réforme internationale. Mais des expériences comme celle de Marcel Barbu, qui crée un type de rapport humain, issue de la libre décision des hommes, respectueux des différences et des libertés, montre que en attendant il nous est possible de réaliser quelques conquêtes provisoires sur le désordre et la haine universels. Ces conquêtes ne seront fixées que dans l’organisation universelle. Jusque-là elles sont menacées. Mais elles permettent d’espérer ».

 

Albert CAMUS a gardé des liens étroits avec la communauté. Il reçut un exemplaire des «BOIMONDAU : 10 années d'expérience communautaire », ouvrage édité pour le 10ème anniversaire de la communauté, récit collectif des membres de la communauté de 1941 à 1951. Ces remerciements sont transcrits dans le bulletin le « Lien » N° 87 d’avril 1952 :

« Je vous remercie de m’avoir envoyé cet ouvrage sur la communauté BOIMONDAU. Je l’ai lu avec intérêt le plus passionné. Je suis convaincu qu’une très grande expérience s’accomplit à BOIMONDAU et dans vos autres centres. Ce que les initiatives de cette expérience ont inauguré là, ce que les membres des Communautés créent tous les jours, pour la dignité des travailleurs, pour la justice et la vérité du travail, dépasse de cent coudées tout ce qui a pu être tenté depuis 20 ans par les partis ou les individus. Un homme comme moi, qui essaie seulement de réfléchir, aussi honnêtement qu’il le peut, à ces problèmes, ne peut sentir et exprimer qu’une totale humilité devant l’œuvre de vos compagnons. Loin que je puisse vous dire mes réflexions et mes critiques, j’ai tout à apprendre au contraire d’une semblable expérience.

Simplement, j’en souhaite le succès de tout mon cœur.

Cordialement à vous. »

Albert CAMUS

 

Albert Camus, né le 7 novembre 1913 à Mondovi (aujourd’hui Dréan), près de Bône (aujourd’hui Annaba), en Algérie, et mort le 4 janvier 1960 à Villeblevin, dans l'Yonne en France, voir la suite

Nota 1 : Comment Albert Camus a-t-il eu connaissance de l’expérience communautaire de Valence ? Nous trouvons dans ces carnets (cahier IV, de janvier 1942 à septembre 1945) qu’Albert Camus était à Valence en juin 1943 pour rencontrer une amie d’Alger. Est-ce pendant ce voyage qu’il fit connaissance de Marcel Barbu ?

Nota 2 : La communauté de travail Marcel Barbu prendra le nom de Boimondau en 1947

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Commentaires (1)

Jean-Claude Barbu
  • 1. Jean-Claude Barbu | 03/09/2016

Merci, Michel, pour ton travail et pour le partage de ces informations concernant la communauté Boimondau.

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