Fin de Boimondau

Fin de Boimondau

Fin de Boimondau

 

La fin de l’entreprise Boimondau c’est faite dans l’incompréhension des compagnons qui gardent encore aujourd’hui un souvenir amer.

Il faut distinguer deux fins. L’une qui ressemble à le fin de la communauté, l’autre, la fin de l’entreprise.

 

Rappel Historique

1943 est l’année de la rédaction de la règle communautaire qui est appliquée le 1er janvier 1944.

En réalité, il est difficile de la mettre en application car les compagnons sont répartis soit à la ferme de Saint Raymond à Combovin (en Drôme, au pied du Vercors), soit à Valence (Drôme) où se fait la production, soit, pour quelques-uns à l’usine de Besançon pour se cacher.

En mars 44, l’usine est mise à sac par les autorités allemandes. La production continue dans des ateliers clandestins dispersés dans la ville de Valence. Marcel Barbu, Gustave Coureau sont obligés de fuir et gagnent Paris où ils pensent être plus en sécurité dans une grande ville.

 

Se cacher, plus de réunion pour se rencontrer, échanger, seule demeure la solidarité souvent par personne intermédiaire.

 

Quand fin 1944, la guerre est finie, Marcel Barbu est au camp de Buchenwald, l’entreprise redémarre et se remet à embaucher.

 

À partir de 1947, année où l’entreprise devient SCOP : Société Coopérative Ouvrière de Production, l’effectif dépasse largement les 100 familles, nombre maximal fixé pour une bonne pratique de la Règle communautaire. Il faut produire.

 

La règle perd de ses obligations

La première entorse, vers 1948-49, lorsque l’obligation de se former est suspendu. Marcel Mermoz dit « il est dommage que les compagnons ne veulent pas utiliser cette chance », en tant que chef de communauté, il ne s’oppose pas à cette décision.

 

D’année en année l’esprit s’étiole, l’effectif des salariés dépasse les 200 membres. Pour garder des bons éléments professionnels, il n’est plus nécessaire de devenir compagnon. Deuxième entorse.

 

En 1953, c’est le calcul du salaire à la valeur humaine qui n’est plus appliqué (le salaire est multiplié par une note qui regroupe les valeurs professionnelles et les valeurs sociales).

En novembre 1954, Boimondau et la Cité horlogère mettent en place « l’Union horlogère » avec des services communs : le commercial sous la direction de Bernard LE VARLET, la comptabilité avec Michel THOMAS à la tête, le service technique avec Robert BILLIET et le social dirigé par Marcel MERMOZ. Dès le départ, il n’est pas exclu que toutes les communautés de travail de Valence deviennent une seule entreprise. Cette organisation ne dure que quelques mois et l’Union horlogère est dissoute.

 

Début de la fin de la communauté

La fin de la communauté, ou le début de la fin, peut être située en 1958. À cette date, la règle est suspendue car l’entreprise ne peut plus assumer toutes les obligations sociales prévues dans la règle.

L’effectif des compagnons reste stable, puis, au fil des départs, la proportion diminue.

 

En 1960, le nouveau chef de communauté est élu à 5 voix contre 4 pour le chef en place. Si la Règle avait été encore en vigueur, le chef aurait dû obtenir l’unanimité à l’assemblée générale. C’est la révélation des divisions dans l’équipe des dirigeants qui n’a pas su se renouveler.

 

Seuls les compagnons participent aux assemblées générales, votent les décisions, choisissent et se répartissent les postes à responsabilité. Pour les salariés, ce noyau de compagnons représente « les patrons ».

 

La deuxième fin arrive au début des années soixante-dix.

Dans une note du 15 avril 1970, l’Entente Communautaire constate que le capital de l’entreprise appartient au Comité d’entreprise « …à l’exception des parts de sept fondateurs qui sont d’ailleurs tous partis »

 

À la fin de 1970, les banques coupent leurs crédits et l’entreprise ne peut plus payer les salaires et les fournisseurs. Le travail continu jusqu’au départ en congés en juillet 1971 et pendant les vacances, le dernier chef communautaire va conclure une convention qui met en gérance Boimondau pour un franc symbolique. Qui est suivi du dépôt de bilan et le jugement du tribunal de commerce de Romans le 22 septembre 1971

 

Cette action est contestée par une part du Conseil d’Administration qui s’organise et par des salariés qui font circuler un petit tract sur les repreneurs « Référence sur un honnête homme ».

 

Les syndics et une partie des membres du conseil d’administration refusent cet accord qui n’est pas une garantie pour la poursuite de la communauté et pour les créanciers. Les compagnons, qui sont les plus anciens salariés (pas de nouveaux compagnons depuis 1958), trouvent les conditions déshonorantes et préfèrent une fin rapide de Boimondau.

 

Il y a des commandes à honorer, mais plus d’envie  communautaire à partager.

 

Le tribunal de commerce de Romans trancha.

 

L’Entente communautaire

À partir des premiers soubresauts de 1958, l’Entente communautaire (Fédération des Communautés de Travail) tente de sauver Boimondau.

Boimondau représente beaucoup d’espoir et tout sera fait pour faire durer. Mais c’est difficile quand l’entente n’existe plus parmi les dirigeants et que les chefs de communauté ne sont pas à la hauteur, avoir participé à la rédaction de la Règle n’est pas suffisant pour mener les hommes et l’entreprise.

Les propositions de l’Entente ne sont pas suivies d’effets. Un an après la fermeture de l’entreprise, quelques ex-salariés, au chômage, reprochent l’action de la fédération.Cet échange est le dernier.

 

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